TICE et approches pédagogiques

Les résultats d'études sur l'efficacité des technologies éducatives sont présentés en relation avec quatre approches pédagogiques : l’instruction directe, l’enseignement partagé, la facilitation des habiletés d’apprentissage, la facilitation des habiletés sociales. Une recommandation est de toujours vérifier que l’objectif d’utilisation d'une technologie est en adéquation avec l'approche adoptée.

Les technologies de l'information et de la communication sont aujourd'hui utilisées par un grand nombre d'enseignants et d'élèves. Quels sont leurs effets sur l'enseignement et l'apprentissage ? Pour répondre à cette vaste question, James Hartley, professeur de psychologie à l’université de Keele (Royaume-Uni), a passé en revue une quarantaine d’articles scientifiques. Il s'est proposé de structurer le sujet en relation avec quatre catégories d'approches pédagogiques :

  • l’instruction directe ;
  • l’enseignement partagé ;
  • la facilitation des habiletés d’apprentissage ;
  • la facilitation des habiletés sociales.

Pour chaque approche, il a résumé les résultats des articles sur l’efficacité des TICE, en essayant de tenir compte au mieux des différents niveaux de scolarité : primaire, secondaire, universitaire (voir tableau ci-dessous). Le présent article résume et complète le travail de M. Hartley avec d'autres exemples d'études scientifiques.

L’instruction directe

Dans l’instruction directe, les nouvelles technologies ont un rôle central, car elles remplacent l'enseignement traditionnel dans des contextes spécifiques. Par exemple, dans un cours à distance, l'élève est seul devant l'ordinateur pour apprendre un point du programme. Deux cas d’utilisation de ces technologies ont été recensés :

  • L’enseignant n’a pas conçu le cours. C’est le cas des tutoriels.
  • L’enseignant a conçu le cours. C’est le cas des enseignements à distance.

Judy Parr de l’Université d’Auckland (Nouvelle-Zélande) a mis en évidence l’efficacité de l'instruction directe avec utilisation de l'ordinateur, notamment en mathématiques et en sciences. Selon sa revue de 17 méta-analyses, les élèves bénéficiant d'une instruction directe avec l'ordinateur ont des résultats de performance légèrement supérieurs aux élèves sans ordinateurs. En revanche, elle a pointé l’inefficacité de l'instruction directe avec l'ordinateur en ce qui concerne l’apprentissage de la langue maternelle.

L’enseignement partagé

Dans l’enseignement partagé, l’enseignant et la nouvelle technologie utilisée ont un rôle complémentaire. La nouvelle technologie est présente pour assister l’enseignant et a plutôt un rôle d’exerciseur. Actuellement, c’est l’approche la plus courante dans les salles de classes.

Jean-Francois Rouet et Antonine Goumi, du CNRS et Université de Poitiers, ont réalisé une expérimentation auprès de 165 élèves de sixième pour évaluer l’efficacité d’un logiciel proposant des exercices de lecture et de compréhension. Les élèves ont participé à 12 séances de travail portant soit sur la lecture-compréhension (groupe expérimental) soit sur des mathématiques (groupe contrôle). Les élèves des deux groupes avaient des performances comparables en lecture-compréhension avant l’entraînement.

Ces chercheurs ont montré qu’après 12 séances, les élèves du groupe expérimental obtenaient de meilleures performances en lecture-compréhension que les élèves du groupe contrôle. Ils ont montré aussi que le travail sur ordinateur était motivant pour les élèves lors des premières séances. En revanche, cet aspect motivationnel a complètement disparu dans les dernières séances. Les auteurs proposent d’alterner le travail sur ordinateur avec un travail plus traditionnel en classe.

La facilitation des habiletés d’apprentissage

Les nouvelles technologies peuvent avoir comme objectif de faciliter les habiletés d’apprentissage en essayant d’améliorer les habiletés cognitives ou métacognitives des apprenants. Dans cette situation, l’enseignement ne se focalise pas sur une discipline particulière mais sur les processus cognitifs ou métacognitifs qui permettent d’améliorer les performances des individus. Par exemple, Jean Underwood, chercheur à l’Université de Nottingham (Royaume-Uni), a mis en évidence que les « livres parlants » (« talking-books ») permettaient d’améliorer la motivation des élèves et que cette motivation pouvait améliorer les apprentissages (voir aussi l’article sur les logiciels d’apprentissage de la lecture).

La facilitation des habiletés sociales

Dans un autre registre, l’ordinateur peut servir de médiateur lors d’échanges apprenant-apprenant ou apprenant-enseignant. C’est le cas lorsque les nouvelles technologies servent à faciliter les habiletés, les relations sociales. Les logiciels issus des travaux portant sur l’apprentissage collaboratif en sont un bon exemple.

De façon générale, pour observer une amélioration des performances des apprenants, il est nécessaire que la technologie utilisée soit correctement intégrée dans la classe. Cette intégration passe par l’adéquation entre la pratique pédagogique de l’enseignant et l’outil utilisé. D’autre part, les effets sur les performances des apprenants imputables aux nouvelles technologies varient en fonction de l’âge des apprenants et de la discipline concernée, mais aussi des tâches que doivent réaliser les apprenants.

Les résultats de la revue de James Hartley sont présentés dans le tableau ci-dessous. Les cases pleines à l'intérieur du tableau représentent les domaines pour lesquels il y a des résultats montrant l'efficacité des TICE. Les cases grisées du tableau veulent dire que l’efficacité des nouvelles technologies n’a pas été évaluée de façon systématique.

 Maternelle Primaire Collège Lycée Supérieur
Instruction directe Mathématiques
Sciences
 
Enseignement partagé Langue maternelle (anglais)
Mathématiques
Sciences
Langue maternelle (anglais)
Mathématiques
Sciences
Géographie
Histoire
Langues étrangères
 
Facilitation des habiletés d’apprentissageLecture
Épellation
Réflexion
Réflexion
Écriture
Facilitation des habiletés sociales  Mathématiques
 

Table : Relation entre les objectifs d'utilisation des nouvelles technologies, le niveau scolaire et la discipline sur les performances des apprenants (d'après les résultats de l'étude d'Hartley).

Contexte de la revue de littérature

James Hartley a classé les nouvelles technologies recensées dans la littérature scientifique internationale selon leurs objectifs d’apprentissage ou l'approche pédagogique adoptée par l’enseignant. Ce qu’il appelle « nouvelles technologies » regroupe toutes les technologies de l’information et de la communication pour l’éducation, l’enseignement assisté par ordinateur, et l’enseignement à distance. Il parle donc de façon générale sur tous les outils existants (ordinateur, tableau blanc interactif, etc), dont on sait par ailleurs qu’ils ont leurs particularités. Pour cela, l'auteur s’est appuyé sur de nombreuses synthèses d’expérimentations (nommées méta-analyses) pour établir une correspondance entre l’efficacité des nouvelles technologies et les pratiques pédagogiques qui leur sont associées.

Le professeur Hartley mais aussi les autres chercheurs cités dans son article ont mis en évidence que les nouvelles technologies pouvaient avoir une efficacité significative sur les performances des apprenants quelque soit leur âge et la discipline enseignée. Il est tout de même important de signaler que plusieurs études ont montré que le niveau d’habileté en informatique des apprenants, le niveau de connaissances initiales de l’élève, tout comme sa capacité à gérer ses études, sont aussi des facteurs importants de réussite en relation avec les technologies.

Enfin, l'auteur explique qu’il s’est concentré sur les « success story ». Cependant, il évoque quand même des publications qui se sont intéressées aux situations d’échecs (par exemple, Raven, 2005 ; Shackel, 2004 ; le Volume 36(4) du British Journal of Educational Technology) mais il ne les détaille pas. Il a seulement recherché des méta-analyses qui montraient une efficacité des nouvelles technologies.

Emmanuel Sylvestre - titulaire d’un doctorat en Sciences de l’Education, chercheur associé au Laboratoire des Sciences de l’Education de l’Université de Grenoble

date de publication : 21/11/2007

Recommandations

Les études recensées sur l’intégration des nouvelles technologies en classe nous conduisent à faire les recommandations suivantes :

  • Vérifier que l’objectif d’utilisation d'une nouvelle technologie est en adéquation avec l'approche pédagogique mise en place. Par exemple, si l'enseignant souhaite que ses élèves s’entraînent avec des exercices en fond de classe sur un contenu préalablement présenté, l'option sera pour un logiciel de type « exerciseur ».
  • Apporter aux apprenants les connaissances techniques suffisantes pour pouvoir utiliser pleinement les fonctionnalités de la nouvelle technologie.
  • L’efficacité des logiciels s’explique souvent par un aspect motivationnel. Après un certain temps d’utilisation, les apprenants peuvent être lassés et voir leurs performances diminuer. Il est pour cela nécessaire d’alterner les enseignements présentés sur ordinateur avec des enseignements plus classiques.

Références bibliographiques

  • Dillon, A., & Gabbard, R. (1998). Hypermedia as an educational technology: a review of the empirical literature on learner comprehension, control and style. Review of Educational Research, 68(3), 322-349.
  • Hartley, J. (2007). Teaching, learning and new technology : a review for teachers. British Journal of Educational Technology, 38(1), 42-62.
  • Parr, J.M. (2006). A Review of the Literature on Computer-Assisted Learning, particularly Integrated Learning Systems, and Outcomes with Respect to Literacy and Numeracy. Retrieved August 13, 2007 from www.education.govt.nz
  • Rouet, J.F. & Goumi, A. (2004). Projet Liralec : logiciel d’entraînement à la compréhension en lecture. Rapport final. Poitiers : Laboratoire Langage et Cognition en collaboration avec l’ERT
  • Underwood, J. (2000). A comparison of two types of computer support for reading development. Journal of Research in Reading, 23(2), 136-148.