L’appropriation des médias électroniques par les jeunes

L’enquête européenne Mediappro montre que les jeunes collégiens et lycéens comptent beaucoup sur l’école pour apprendre à maîtriser Internet. Ils font confiance en leurs capacités, mais sont parfois moins compétents qu’ils ne le disent et le pensent.

On les qualifie de "génération Internet". Pourtant, les jeunes en âge scolaire ne sont pas les experts que l’opinion décrit généralement. Tel est du moins le constat de l’enquête européenne Mediappro, conduite auprès de 9000 jeunes, dont 873 Français, par un réseau de laboratoires et de chercheurs. Il est intéressant de revenir sur les résultats de cette enquête, réalisée en 2005-06, car certains d'entre eux restent d'actualité. L’enquête a cherché à connaître la manière dont les jeunes s’approprient les TIC dans des contextes aussi différents que l’école et  la maison. Un questionnaire et des entretiens individuels ont été menés dans neuf différents pays.

Usages : communiquer, s'informer

Pour les jeunes Européens de 12-18 ans, Internet est avant tout un outil pour communiquer et interagir, par tous les moyens (messagerie instantanée, courriels, blogs…). C’est pour eux une ouverture vers des gens… qu’ils connaissent déjà. Internet répond en effet à leur besoin d’être en contact permanent avec leurs pairs, dès l’adolescence. Concernant les jeunes Français, l’enquête constate que les TIC leur permettent de concilier vie sociale et vie familiale. "Parfois mes parents entendent parler d’un site, raconte Océanne (14 ans), ils me disent ‘tu devrais aller voir’. Parfois je vais voir moi-même, et si le site est bien j’appelle mes parents". Des échanges intergénérationnels peuvent ainsi avoir lieu et selon des modalités variées (discussion, contrôle, …).

Partout en Europe, l’appropriation des TIC se fait majoritairement à la maison et passe avant tout par les amis, plus ponctuellement par la télévision. La reproduction d’usages propres à un groupe social et des représentations stéréotypées s’en trouve renforcée, au détriment de l’exploration d’horizons inconnus et de la construction d’une identité plus personnelle.

Au début, je ne savais pas ce qu’il fallait faire, j’ai appris en étant curieuse" Marion (12 ans)

Internet est également un outil pour s’informer : 91% des jeunes déclarent utiliser les moteurs de recherche "parfois", "souvent" ou "très souvent". S’ils utilisent tous massivement les moteurs de recherche, les 12-18 ans ne maîtrisent pas pour autant la recherche d’informations. Aymeric (12 ans) s’étonne : "Je trouve un site qui commence à être en rapport [avec le thème de recherche] et puis ça part sur d’autres sujets". Marion (12 ans) explique sa démarche personnelle : "Au début, je ne savais pas ce qu’il fallait faire, je ne savais pas où rechercher. Là, j’arrive mieux à m’en servir. J’ai appris en étant curieuse, au fur et à mesure que je vais voir, que je cherche, dans ma tête j’arrive plus à comprendre, à apprendre". Les jeunes expriment des demandes précises à l’école pour dépasser des savoir-faire de type "mode d’emploi", reconnaissant ainsi à l’institution un rôle et une compétence sur ces questions. En France, l’école reste le lieu des premières découvertes pour les jeunes qui ne disposent pas d’accès Internet à la maison, et celui de l’initiation à la recherche documentaire.

Autoconfiance

Les jeunes Européens témoignent d’une certaine confiance en leurs capacités. Mais, malgré des pratiques massives, ils sont moins compétents qu’ils ne le disent et le pensent. Ils se disent critiques sur la fiabilité des informations trouvés sur Internet, mais démunis pour les évaluer. Ils savent qu’Internet est un espace ouvert à tous et à tout, mais acceptent mal que leurs écrits privés y aient un statut public. En France tout particulièrement, ils savent qu’il existe des lois encadrant la publication et le téléchargement, mais connaissent mal leurs détails et leurs fondements.

Attentes sur l'école

Il existe des attentes fortes quant à l’aide de l’école pour mieux maîtriser Internet. Magdalena (17 ans), par exemple, aimerait "une heure en plus par semaine pour nous aider à plus connaître Internet. C’est facile de juste taper les mots clés, mais on peut faire autre chose aussi. Je ne sais pas trop, parce que je ne pourrais pas m’aventurer, je ferais n’importe quoi. C’est vraiment important que l’école s’occupe de ça". Cependant, les jeunes considèrent Internet comme quasiment absent du monde scolaire (un peu moins toutefois en milieu rural, qu’en milieu urbain). De l’école, ils restituent partout en Europe une image d’interdits qui rendent les pratiques quasiment impossibles. Aymeric (12 ans) explique : "J’ai un hobby,  c’est les miniatures ; je voulais aller sur le site au collège, pour regarder ; c’est interdit aussi. Alors je suis allé chez moi".

L’école n’a rien du tout à voir avec MSN ; l'école c'est pour apprendre" Malika (14 ans)

Amenés ainsi à considérer leur propres pratiques comme n’ayant pas leur place à l’école, puisque relevant de la sphère privée ou du divertissement, ils ont intégré ces interdits, rejetant ainsi toute la panoplie des services et usages du réseau hors du champ des savoirs validés par l’école. "L’école n’a rien du tout à voir avec MSN, reconnaît Malika (14 ans), ils ont raison d’interdire. L’école, c’est pour apprendre". Les jeunes ont pourtant des attentes et des besoins auxquels les éducateurs pourraient répondre.

L’enquête Mediappro conclut qu’il manque aux jeunes, bien souvent, les mots pour décrire leurs pratiques, la capacité de différencier offre médiatique et besoins d’information et faire des choix d’usage raisonnés. Les éducateurs doivent les aider à réfléchir de manière plus conceptuelle à la place et au rôle des innovations technologiques et de ces nouveaux médias dans la société ainsi qu’à leurs enjeux politiques, économiques et culturels.

Evelyne Bevort - CLEMI* Isabelle Bréda - ORME-CRDP d’Aix-Marseille

date de publication : 26/05/2008

La recherche européenne Mediappro

Neuf pays européens - Belgique, Danemark, Estonie, France, Grèce, Italie, Pologne, Portugal et Royaume-Uni - associés au Québec, ont effectué une recherche conjointe sur les 12-18 ans et leurs relations aux médias numériques. Elle s’inscrit dans le plan d’action de la Commission Européenne "Internet plus sûr".

L’équipe, coordonnée par l’Université de Louvain-la-Neuve (Belgique), était composée de spécialistes de l’éducation aux médias. En France, elle a été menée par le Clemi, centre d’éducation aux médias du ministère de l’Education nationale (Evelyne Bevort et Isabelle Bréda).

Cette étude, conduite en 2005-06, a concerné près de 9000 jeunes, dont 873 Français, interrogés par questionnaire. Des entretiens individuels ont été réalisés auprès de 240 jeunes.

Sources : http://www.clemi.org/fichier/plug_download/7449/download_fichier_fr_mediappro_light.pdf

Références bibliographiques