Faut-il créer des hypertextes linéaires ?
Les hypertextes linéaires avec des aides à la navigation (exemple; numéros de pages) donnent de meilleurs résultats de compréhension que les hypertextes non linéaires. Trois recommandations sont faites : ne pas offrir de trop nombreux parcours de navigation, inclure un menu le plus complet possible et faire une page d'accueil compréhensible pour le lecteur.
Lorsqu'un enseignant réalise un hypertexte avec sa classe, la question de savoir comment disposer le texte dans les pages Web se pose. Faut-il disposer le texte en une seule page et entraîner une navigation linéaire du haut vers le bas ? Ou, au contraire, distribuer le texte sur plusieurs pages avec une navigation par hyperliens ? Cette dernière option paraît souvent plus naturelle, car elle renvoie à la définition même d'hypertexte, c'est à dire, un texte offrant à l'utilisateur de multiples possibilités de navigation. Mais il faut penser à ce que fait effectivement le lecteur. Que sait-on du comportement des lecteurs d'hypertexte ?
Une série d'études réalisées par l'équipe de Sharon Dunwoody, de l'Université de Winsconsin, a permis de comprendre comment les étudiants lisent des articles (genre "reportage") en hypertexte, quelles sont leurs préférences en matière de navigation et leurs résultats de compréhension, avec une navigation linéaire et non linéaire. Dans un premier temps, les chercheurs ont demandé aux étudiants de lire un hypertexte sur la grippe (voir figure), en les prévenant qu'ils auraient à répondre à des questions sur le contenu. Les élèves ayant suivi les liens non linéaires ont eu de moins bons résultats de compréhension que les élèves ayant lu linéairement. Les élèves qui ont les meilleurs résultats de compréhension sont ceux qui passent spontanément d'une page à l'autre, du début à la fin du texte, sans faire des aller-retour entre les pages.

Hypertexte sur la grippe utilisé dans l'étude de Dunwoody et al. Source : whyfiles.org/049flu/main3.html
La conclusion est qu'en situation de lecture attentive, le choix de la linéarité semble être associé à la nécessité de comprendre le texte. Au lieu de naviguer à travers les liens, selon des parcours individualisés, les lecteurs suivent un parcours linéaire commun. Pour passer d'une page à l'autre, ils choisissent des liens qui permettent de "suivre le fil de l'histoire", par exemple, les liens de "question incitative" (72% des choix dans l'étude citée) et les boutons "suivante/précédente". Les lecteurs qui font des parcours non-linéaires répondent moins bien aux questions sur le contenu.
Dans un deuxième temps, les chercheurs ont comparé trois versions de l'hypertexte sur la grippe :
- hypertexte "non-linéaire" avec plusieurs parcours de navigation possible,
- hypertexte "linéaire" avec des aides à la navigation, par exemple, des numéros de page (voir figure),
- texte linéaire imprimé sur papier.

Les numéros de pages et boutons de navigation de l'hypertexte aident le lecteur à s'orienter. Source : whyfiles.org/049flu/main3.html
Les étudiants ayant lu l'hypertexte linéaire et le texte imprimé ont eu de meilleurs résultats de compréhension que les étudiants avec l'hypertexte non-linéaire. L'explication probable de ce résultat est que les aides à la navigation (signes de numéros de page, page suivante/précédente, etc.) ont permis aux lecteurs de créer des repères de lecture et de mieux s'orienter dans la navigation.
Mônica Macedo-Rouet - titulaire d'un doctorat en sciences de l'information et de la communication, ex-secrétaire de rédaction de la revue en ligne ComCiencia
date de publication : 02/10/2006
Recommandations
Trois recommandations pour la conception d'hypertextes sont faites sur la base de ces études :
- Ne pas offrir de trop nombreux parcours de navigation. La multilinéarité doit être réduite, car elle peut conduire à la désorientation et à la dispersion.
- Inclure un menu le plus complet possible sur le contenu, menu auquel le lecteur doit pouvoir se reporter facilement, à partir de n'importe quel point du texte.
- La page d'accueil doit correspondre le mieux possible à la représentation du lecteur (et non pas à celle du concepteur) sur le contenu.
Références bibliographiques
- Eveland, W. P., Dunwoody, S. Users and navigation patterns of a science World Wide Web site for the public. Public Understanding of Science, 1998, 7(4), p. 285-311.
- Eveland, W. P., Dunwoody, S. (2001). User control and Structural Isomorphism or Disorientation and Cognitive Load ? Learning from the Web versus Print. Communication Research, 2001, 28(1), p. 48-78.
- Nielsen, Jakob. Designing Web Usability. Indianapolis : New Riders Publishing, 2000. 419 p.