Améliorer la participation aux enquêtes en ligne

Les enquêtes en ligne ont de nombreuses applications en éducation. Elles sont relativement peu onéreuses et apportent des réponses plus détaillées aux questions qualitatives que le support papier. En revanche, le taux de réponses à ce type d’enquête reste faible. L’article explique comment y remédier.

Les enquêtes en ligne sont des instruments de plus en plus utilisés pour recueillir l’avis des élèves, étudiants et enseignants. Elles peuvent servir, entre autres applications possibles, aux équipes pédagogiques de baromètre de satisfaction des apprenants, comme un moyen d’avoir un retour des enseignants sur un projet faisant appel aux technologies éducatives ou pour connaître le taux d’équipement informatique à la maison des élèves d’un établissement. Cependant, il existe un inconvénient majeur : le taux de participation aux enquêtes en ligne est généralement beaucoup plus faible que celui des enquêtes papiers. Pourquoi ce phénomène se produit-il et comment y remédier ? Notre article apporte des éléments concrets de réponse à cette question.

Ali Ardalan et son équipe de l’université de Norfolk (États-Unis) ont évalué les avantages et les inconvénients des enquêtes en ligne par rapport au papier. Ils ont examiné plus particulièrement les apports de ces deux types d’enquête pour l’évaluation des enseignements à l’université. Leur étude visait à tester statistiquement, auprès d’une population de taille conséquente, les hypothèses des différences entre les deux supports. Ils ont pour cela interrogé 2 691 étudiants au deuxième semestre 2003 et 2004. Les étudiants inscrits en 2003 ont répondu au sondage papier alors que les étudiants inscrits en 2004 ont répondu au sondage en ligne.

Trois différences principales ont pu être décelées : la qualité des réponses, le taux de participation et l’acceptation des étudiants.

Qualité des réponses

Les étudiants ayant répondu à l’enquête en ligne apportent des réponses beaucoup plus longues que les étudiants ayant répondu à l’enquête papier. Cependant, ces réponses ne sont pas nécessairement plus constructives. Les réponses étaient considérées comme constructives lorsqu’elles apportaient à l’équipe pédagogique des réflexions approfondies sur l’enseignant et l’enseignement, par exemple : « Le professeur donne des exemples tirés des la vie réelle pour nous expliquer des concepts complexes. » À l’opposé, un exemple de réponse non constructive est : « C’est un excellent professeur. »

Les chercheurs expliquent la plus grande longueur des réponses en ligne par le fait que les étudiants répondent généralement aux enquêtes papier lors d’un cours prévu à cet effet, c’est-à-dire en ayant un temps limité pour y répondre. Lorsque les étudiants répondent aux enquêtes en ligne, ils n’ont pas cette contrainte temporelle. Ils peuvent donc prendre le temps de réfléchir et ainsi rédiger des réponses plus longues.

L’étude a aussi mis en évidence que le taux de réponses aux questions ouvertes est identique dans les deux types d’enquête.

Taux de participation

Ali Ardalan et ses collègues ont observé que le taux de participation global à l’enquête était beaucoup plus élevé dans la condition papier (69 % de réponses, contre seulement 31 % dans l’enquête en ligne).

Une autre étude, conduite par Grenoble Universités en partenariat avec le Laboratoire des sciences de l’éducation de l’université de Grenoble, montre des résultats similaires. Cette étude visait à identifier les pratiques des étudiants vis-à-vis des TICE et, entre autres, d’évaluer la satisfaction des étudiants concernant l’accès aux TICE au sein de l’université. En sondant 481 étudiants inscrits dans une filière scientifique durant l’année universitaire 2006-2007, les chercheurs ont montré que lorsque les étudiants peuvent choisir le mode d’enquête, ils optent majoritairement pour l’enquête papier (64,45 % d’entre eux).

Par ailleurs, une étude a identifié des biais dans la participation aux enquêtes en ligne. Stephen Thorpe de l’université de Widener (États-Unis) a interrogé 163 étudiants et a montré que, par rapport aux enquêtes papier, dans les enquêtes en ligne :

  • les filles répondent plus que les garçons (58 % vs 39 %) ;
  • les classes sociales favorisées répondent plus que les classes sociales défavorisées (46 % vs 40 %) ;
  • les « bons » étudiants répondent plus que les « mauvais » (55 % vs 25 %).

Ces biais apparaissent également dans d’autres études.

Acceptation et type d’enquête

Patricia Hardré et ses collègues de l’université d’Oklahoma (États-Unis) ont testé l’acceptation par les étudiants du type de questionnaire qu’ils avaient à compléter. Les 160 étudiants participant à cette étude pouvaient compléter des questionnaires papiers (QP), des questionnaires « fixes » sur une borne de réponse (QF) ou des questionnaires mis en ligne sur Internet (QI). Les étudiants devaient juger s’ils étaient d’accord ou pas d’accord avec six affirmations qui leur étaient proposées. Voici des exemples de questions utilisées par Patricia Hardré dans son étude :

Je trouve qu’il est confortable de répondre au questionnaire dans sa version papier.
Pas du tout d’accord     O        O        O        O        O        O   Tout à fait d'accord
Je me suis senti mal à l'aise pour répondre au questionnaire sur ordinateur fixe.
Pas du tout d'accord     O        O        O        O        O        O   Tout à fait d'accord
Je trouve facile de répondre au questionnaire dans sa version en ligne sur Internet.
Pas du tout d'accord     O        O        O        O        O        O   Tout à fait d'accord

Exemples de questions utilisées par Patricia Hardré dans son étude.

Patricia Hardré et ses collègues ont montré que les étudiants avaient un meilleur ressenti concernant les enquêtes papier que les enquêtes sur borne fixe ou les enquêtes en ligne, ces deux derniers types d’enquête n’étant pas significativement différents. Cet engagement positif des étudiants pour répondre à des enquêtes papier peut expliquer le taux de participation élevé dans ce type d’enquête.

Enfin, une étude de Lefever et ses collèues souligne la réticence des étudiants à participer à des enquêtes en ligne envoyées par courrier électronique. En effet, dans cette situation, l’anonymat des individus sondés n’est plus assuré. Leur adresse électronique apparaît nécessairement lors de la réception de l’enquête. Il se peut alors que les individus ne répondent pas aux questions, ou ne soient pas sincères, pour ne pas se compromettre auprès de leurs enseignants. L’anonymat est donc une condition essentielle de l’enquête.

Emmanuel Sylvestre - titulaire d’un doctorat en Sciences de l’Education, ingénieur au Service ICAP de Université Claude Bernard Lyon 1.

date de publication : 17/11/2008

Recommandations

  • Pour améliorer le taux de réponses à l’enquête en ligne, laisser plus de temps aux élèves pour y répondre et faire plus de relances.
  • Utiliser les questions ouvertes avec parcimonie (le traitement des réponses ouvertes est coûteux et n’apporte que peu d’information constructive).
  • Éviter d’envoyer et de recevoir des enquêtes par courrier électronique pour préserver l’anonymat de l’individu sondé, à moins que la technique utilisée ne permette l’anonymat.

Références bibliographiques

  • Ardalan, A., Ardalan, R., Coppage, S., & Crouch, W. (2007). A comparison of student feedback obtained through paper-based and web-based surveys of faculty teaching. British Journal of Educational Technology, 38(6), 1085-1101.
  • Hardré, P. L., Crowson, H. M., Xie, K., & Ly, C. (2007). Testing differential effects of computer-based, web-based and paper-based administration of questionnaire research instruments. British Journal of Educational Technology, 38(1), 5-22.
  • Lefever, S., Dal, M., & Matthíasdóttir, Á. (2007). Online data collection in academic research: advantages and limitations. British Journal of Educational Technology, 38(4), 574-582.
  • Lima, L., Fernex, A., & Granon, A. (2007). Les étudiants grenoblois et internet, enquête 2006. Rapport Grenoble Universités. Retrieved September 24, 2007.
  • Thorpe, S. W. (2002, June). Online student evaluation of instruction: An investigation of non-response bias. The proceedings of the 42nd AFAIR. Toronto, Canada: AIR. Retrieved September 10, 2007.