À quoi sert un agent animé multimédia ?

Les « agents animés », personnages qui accompagnent l’élève dans certaines animations multimédias, jouent un rôle pertinent lorsqu’ils guident, font réfléchir et interagir les élèves. Les trois principes de conception qui permettent d’atteindre cet objectif, basés sur des recherches empiriques, sont présentés.

Les agents animés sont les personnages qui apparaissent dans certaines animations multimédias et qui accompagnent l'élève dans son parcours en lui donnant des réponses et des explications lorsque cela est nécessaire.

L'intérêt potentiel d'intégrer un agent animé à une animation multimédia est que chaque élève dispose d'un tuteur personnalisé et « humanisé » (même si certains agents peuvent être des animaux ou d'autres êtres vivants), ce qui rend plus « naturelle » l'interaction Homme-machine.

Les recherches montrent que ces personnages peuvent renforcer l'engagement et la motivation des élèves, à condition de respecter certains principes de base (énoncés ci-après). Un autre aspect essentiel, et malheureusement parfois négligé, des agents animés est leur qualité graphique : plus la qualité est bonne, plus le personnage sera pris au sérieux par les élèves.

Principes de conception

Roxana Moreno, de l'université du Nouveau-Mexique (Etats-Unis), définit trois principes de conception pour une utilisation efficace des agents animés :

  • la modalité et la redondance : les agents animés doivent communiquer en utilisant des commentaires parlés plutôt qu'écrits. Il faut aussi éviter d'utiliser les deux à la fois (texte écrit en même temps que texte parlé) ;
  • l'apprentissage actif : augmenter l'activité de l'élève (en l'amenant à réfléchir et à questionner, à tester et à interagir avec le matériel) améliore la qualité de l'apprentissage. Ce principe recouvre quatre notions :
    • l’interactivité : l’agent animé doit mener à une plus grande interaction entre l’apprenant et le matériel d’apprentissage. De fait, des études ont montré que les apprenants devant poser des questions comprennent mieux un contenu que les apprenants qui visionnent simplement les explications données par l'agent.
    • la personnalisation : les messages utilisés par l'agent pour communiquer avec l'apprenant doivent être personnalisés et en contexte. L'apprenant doit être considéré comme un acteur de l'environnement d'apprentissage plutôt que comme un observateur ;
    • le guidage : les informations fournies par l'agent doivent être explicatives (c'est-à-dire expliquer les principes sous-jacents) et non simplement correctives (c'est-à-dire indiquer la bonne réponse/méthode). Les apprenants n'ont en effet pas les connaissances nécessaires pour identifier les informations les plus pertinentes et peuvent ainsi très facilement passer à côté de l'essentiel. L'agent doit être là pour guider leur attention sur les aspects cruciaux, au bon moment ;
    • la réflexion : les apprenants devraient bénéficier d’opportunités de réflexion et d’élaboration sur les concepts qu’ils rencontrent. L’agent pédagogique devrait faire en sorte que de tels moments soient définis et fassent partie de l’apprentissage. L’agent peut par exemple proposer de réfléchir aux concepts clés à différents moments de l’apprentissage.
  • le coût/bénéfice : le développement d'agents animés peut coûter cher et se révéler inutile si l'aspect visuel de l'agent ne sert pas directement les objectifs pédagogiques du cours. Il est donc primordial de mener une réflexion sur l'utilité d'un agent animé par rapport à des solutions moins coûteuses. Le coût doit être estimé par rapport aux bénéfices attendus.

Ces principes se basent sur des études comparant les performances des apprenants avec différents types d'agents animés.

Agent animé : toujours indispensable ?

Sunhee Choi et Richard Clark, de l'université de Californie du Sud (États-Unis), ont comparé deux versions d'un document multimédia sur des règles grammaticales de langue anglaise et ont pu démontrer qu'un agent animé parlant n'était pas plus efficace que des flèches pointant vers les éléments décrits par un narrateur (voix off). Ils concluent qu'un agent efficace n'oriente pas simplement l'attention de l'apprenant sur un aspect de l'interface, mais le guide et lui donne des explications supplémentaires pertinentes.

Cyril Rebetez - Doctorant au TECFA, Université de Genève (Suisse)

date de publication : 27/06/2008

Recommandations

  • L'agent animé doit guider l'apprenant dans son apprentissage : le faire réfléchir, le faire interagir, de manière personnalisée.
  • L'agent doit s'adresser à l'apprenant par la voix, sans redondance de texte écrit.
  • L'agent doit avoir un rôle à jouer face à l'apprenant et ne pas être une simple décoration.

Références bibliographiques

  • Choi, S., & Clark, R. E. (2006). Cognitive and affective benefits of an animated pedagogical agent for learning English as a second language. Journal of educational computing research, 34(4), 441-466.
  • Moreno, R. (2005). Multimedia learning with animated pedagogical agents. In R. E. Mayer (Ed.). The Cambridge Handbook of Multimedia Learning. Cambridge: Cambridge University Press, 507-523.
  • Moreno, R., & Mayer, R. E. (1999). Cognitive principles of multimedia learning: the role of modality and contiguity. Journal of Educational Psychology, 91, 358-368.
  • Moreno, R., Mayer, R. E., Spires, A. H., & Lester, J. C. (2001). The case for social agency in computer-based teaching: Do students learn more deeply when they interact with animated pedagogical agents? Cognition and Instruction, 19(2), 177-213.